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Jamais dans sa jeune existence, le knowledge management (KM) n’a été aussi étroitement associé à un autre concept que celui des « communautés de pratique » (CoP). Derrière cette expression se cache une idée qui a le défaut de n’être pas encore assez clairement définie. Malgré cette difficulté, les chercheurs italiens Bolisani et Scarso ont sondé une douzaine de revues spécialisées dans le KM pour clarifier la place que ces communautés de pratique occupent dans cette littérature spécialisée. Qu’ont-ils découvert ? Une définition plus précise des CoP se profile-t-elle ?

Naissance et évolution du concept

En 1991, le chercheur Suisse Etienne Wenger et sa collègue, l’anthropologue Jean Lave, inventent le concept de « communautés de pratique » (CoP)[1]. Mais au fait, les communautés de pratique, qu’est-ce que c’est ?

L’inventeur de l’expression a lui-même fait évoluer ce concept au fil de ses publications. A l’origine, cette notion, influencée par la sociologie, se définit comme « the participation by people in an activity system about which they share understandings about what they are doing and what that means for their lives and communities » (Lave et Wenger, 1991). Les CoP sont alors considérées comme des structures auto-organisées. Quelques années plus tard, les CoP seront plutôt vues comme des systèmes d’apprentissage sociaux formés de groupes de personnes qui partagent une préoccupation à propos d’un sujet et qui approfondissent leurs connaissances et leur expertise dans ce domaine. Le concept est alors utilisé par Wenger pour réfléchir à la manière dont la connaissance est créée et comment elle circule à l’intérieur d’un groupe de personnes. C’est à partir de ce moment que ses publications vont avoir un fort impact sur le KM. En 2002, une notion importante est encore ajoutée par Wenger : les CoP doivent être des structures dirigées.

 

Les recherches de Bolisani et Scarso

Avant d’entamer leur propre revue systématique de la littérature[2], Bolisani et Scarso ont identifié deux autres travaux dans la même veine, celui des chercheurs Agrawal et Joshi (2011) et celui de Murillo (2011). Dans la première étude d’Agrawal et Joshi[3], il ressort clairement qu’il n’existe pas de définition consensuelle des CoP. Agrawal et Joshi concluent que les CoP sont des structures qui peuvent être créées intentionnellement et qu’elles sont employées pour favoriser l’apprentissage et les échanges de connaissances. Dans la seconde étude, Murillo[4] classe les publications concernant les CoP en deux grands groupes : d’une part, les scientifiques qui voient les CoP comme un phénomène spontané, des groupes autogérés et, d’autre part, ceux qui pensent qu’elles devraient être des structures dirigées.

 

Les résultats de Bolisani et Scarso

Selon l’étude de Bolisani et Scarso (2014), en 2012, les CoP restent un sujet populaire dans la documentation sur le KM.

Cette analyse chronologique des publications révèle que les premiers articles sont apparus autour de 2003, soit un an après la publication de Wenger et Al. (2002) et qu’un pic a été atteint en 2007 lorsque The Learning Organisation a publié une édition spéciale sur les CoP. (Tableau adapté et tiré de Bolisani et Scarso, 2014, p. 375)

Cette analyse chronologique des publications révèle que les premiers articles sont apparus autour de 2003, soit un an après la publication de Wenger et Al. (2002) et qu’un pic a été atteint en 2007 lorsque The Learning Organisation a publié une édition spéciale sur les CoP. (Tableau adapté et tiré de Bolisani et Scarso, 2014, p. 375)

Les deux chercheurs italiens tirent de nombreux constats de leur analyse de la littérature. On se perd d’ailleurs un peu dans cette pléthore de résultats.

Quelques résultats concernant les CoP obtenus par Bolisani et Scarso grâce à leur analyse systématique des revues spécialisées dans le KM.

Quelques résultats concernant les CoP obtenus par Bolisani et Scarso grâce à leur analyse systématique des revues spécialisées dans le KM.

Une vision domine au sein du KM : les CoP sont des structures organisationnelles qui peuvent être – et qui souvent doivent être – créées et cultivées. Bon nombre d’articles ont pour but de tirer certaines leçons qui pourraient être utiles aux managers souhaitant créer intentionnellement de nouvelles CoP dans leurs entreprises. Ce type de CoP est le plus répandu et le plus intéressant d’un point de vue pratique.

 

Les CoP sont des structures organisationnelles qui peuvent être – et qui souvent doivent être – créées et cultivées.

 

Mais la littérature sur le KM et les CoP se concentre aussi sur les communautés virtuelles. Celles-ci possèdent des caractéristiques particulières et leur gestion demande des approches spéciales.

Wenger reste une référence notamment en ce qui concerne sa définition des CoP. Malgré cela, un manque de consensus persiste en ce qui concerne les définitions et les applications de la notion de CoP. C’est la raison pour laquelle les auteurs suggèrent de s’entendre d’abord sur ce point. Pour y parvenir, ils proposent dans un premier temps de restreindre l’analyse à une catégorie particulière, par exemple les CoP créées intentionnellement au sein d’une organisation professionnelle. Cette suggestion est intéressante, mais elle introduit un biais important en écartant les autres types de CoP. En outre, avec les nombreux résultats auxquels ils sont parvenus à travers leur analyse systématique de la littérature, on déplore que Bolisani et Scarso, pourtant spécialistes du KM, ne proposent pas leur propre définition des CoP.

 

Un manque de consensus persiste en ce qui concerne les définitions et les applications de la notion de CoP.

 

Le KM et les CoP ont trop en commun pour que leur destin respectif ne soit pas étroitement lié : gestion, création, partage des connaissances, etc. Alors, à quand une définition claire et précise des communautés de pratique qui mettrait en lumière le rôle essentiel qu’elles jouent dans le domaine du KM ?

[1] Lave, J. and Wenger, E. (1991). Situated Learning: Legitimate Peripheral Participation, Cambridge University Press, Cambridge.

[2] BOLISANI, Ettore et SCARSO, Enrico (2014). The place of communities of practice in knowledge management studies: a critical review. Journal of Knowledge Management. 7 avril 2014. Vol. 18, n° 2, pp. 366-381. DOI 10.1108/JKM-07-2013-0277.

[3] AGRAWAL, A. and JOSHI, K.D. (2011). ‘‘A review of community of practice in organizations: key findings and emerging themes’’, Proceedings of the 44th HICSS, Kauai, Hawaii, 4-7 January.

[4] MURILLO, E. (2011). ‘‘Communities of practice in the business and organization studies literature’’, Information Research, Vol. 16 No. 1.

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