Grâce à l’Open Access, un nouveau moyen de stockage, préservation et partage des productions des chercheurs, enseignants, étudiants et scientifiques a pu voir le jour : les archives institutionnelles. Ces archives ouvertes pourraient devenir indispensables à la communauté scientifique d’ici quelques années, que ce soit au niveau de la pérennisation des résultats et des données ou pour leur réutilisation par d’autres chercheurs. Dans un article, Joachim Schöpfel et Hélène Prost proposent quatre archétypes d’archives institutionnelles : quels sont-ils et quels sont les facteurs à prendre en compte pour réussir l’implémentation d’une telle plateforme?

Les archives institutionnelles font partie de la green road de l’Open Access qui représente l’auto-archivage des publications dans des archives ouvertes. Cette voie s’oppose à la gold road qui désigne la publication dans des revues en libre accès, et qui est devenue un marché juteux pour les éditeurs. Ainsi la green road est-elle un chemin d’accès qui permet aux scientifiques de publier leurs écrits et données sans avoir à payer un éditeur.

Quatre modèles de base

Le premier de ces modèles est celui des plateformes de publication, dont les principales fonctions sont de publier et de communiquer les travaux des scientifiques de l’organisme auquel elles sont rattachées. Priorité est donc donnée à l’accès au texte intégral, ce qui permet d’augmenter l’impact de la recherche et d’apporter du prestige et des bénéfices à l’institution. La qualité des documents publiés est également importante.

La seconde catégorie est celle des containers, dans lesquels sont déposés pêle-mêle, et sans aucun contrôle de qualité, tous les différents matériels produits par les chercheurs, enseignants et étudiants de l’institution dont ils dépendent. Le seul but est de rassembler toute la production de l’établissement.

Les sites de patrimoine représentent le troisième modèle. Leur rôle est de mettre en libre accès la production passée et présente de l’institution, de manière structurée, grâce à des métadonnées de qualité. Tout comme les plateformes de publication, les sites de patrimoine visent à augmenter l’impact de la recherche et les bénéfices de l’organisme scientifique à travers une large diffusion des publications des chercheurs.

Enfin, les dépôts constituent le quatrième archétype. Les institutions qui mettent en place de tels modèles souhaitent non seulement surveiller et évaluer la production scientifique, mais aussi se valoriser au moyen d’un cadre de dépôt très stricte, dans lequel les chercheurs sont obligés de publier leur production. Le but est principalement axé sur la bibliométrie des chercheurs et de l’institution, afin de pouvoir justifier des demandes de subventions ou faire face à des audits. Le problème de ce genre de plateforme provient de l’obligation de dépôt qui engendre une quantité excessive de métadonnées sans accès au texte intégral.

Ces quatre modèles se distinguent selon le type de contenu du site, qui peut être sélectionné ou non, et le but, qui est soit d’évaluer l’institution et ses collaborateurs, soit de communiquer et diffuser leurs publications. Cette catégorisation ne correspond pas toujours à la réalité, car les plateformes d’archives institutionnelles mélangent souvent les caractéristiques de ces archétypes. Elle constitue toutefois un panel de prototypes sur lesquels pourrait se baser une institution souhaitant créer un tel site.

4 facteurs importants pour la réussite d’une archive institutionnelle

  • Un esprit collaboratif : il est essentiel de travailler en collaboration avec les chercheurs et l’administration, notamment pour repérer les publications qui pourraient être déposées et inciter leurs auteurs à le faire.

  • Un contrôle qualité : afin de satisfaire aux exigences d’une communauté scientifique en quête de documentation scientifique de qualité, le contenu des documents publiés, les données et les services proposés doivent être contrôlés.

  • Une infrastructure intégrée : pour augmenter leur impact, les archives institutionnelles pourraient être insérées dans les systèmes d’information à la recherche (CRIS), de manière à leur apporter des métadonnées et des liens d’accès.

  • Des contenus liés : de nouveaux contenus peuvent être créés grâce aux liens entre les publications des archives et les données de la recherche des réservoirs des CRIS.

Actuellement, les chercheurs ne sont pas tous suffisamment informés sur ce nouveau moyen d’archiver et de partager leurs résultats. Une enquête, réalisée en 2015 par Schöpfel et Prost auprès de la communauté scientifique de l’Université de Lille, montre que seuls 36% de ses chercheurs ont déjà publié les résultats de certaines de leurs recherches dans une archive ouverte. Il est donc primordial de leur communiquer les qualités et avantages de l’archivage sur ces plateformes. La pérennisation des données, l’accès au texte intégral, une plus large diffusion de leurs résultats et la possibilité de leur réutilisation dans le cadre d’autres recherches les motiveraient sans doute à déposer leurs travaux dans l’archive de leur institution.

N’oublions pas que sans les publications des scientifiques, les archives institutionnelles n’ont aucun avenir!

Références

  • SCHÖPFEL, Joachim, PROST, Hélène, 2013. Archives institutionnelles : Observations sur un nouveau mode d’information scientifique. Revue canadienne des sciences de l’information et de bibliothéconomie [en ligne]. 2013. 37 (2), pp. 122-136. [Consulté le 14.12.2016]. Disponible à l’adresse : https://archivesic.ccsd.cnrs.fr/sic_01073736/document

  • SCHÖPFEL, Joachim, PROST, Hélène, 2015. Les données de la recherche en SHS. Une enquête à l’Université de Lille 3 [en ligne]. Villeneuve d’Ascq: Université de Lille et Laboratoire GERIICO, juillet 2015. [Consulté le 14.12.2016]. Disponible à l’adresse: http://hal.univ-lille3.fr/hal-01198379/document

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