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Liz Lyon proposait dans un article paru en 2012, « The Informatics Transforms : Re-Engineering Libraries for the Data Decade », cinq affirmations comme voies possibles du changement induit par la gestion des données de la recherche pour les bibliothèques académiques. Alors que le Research Data Management (RDM) se profile comme un domaine en plein essor dans le paysage suisse (et international) des Sciences de l’information, nous sommes particulièrement curieux de connaître ces cinq pathways to change.

Un article (déjà) historique ?

Le RDM s’annonce comme le sujet de recherche en vogue des Sciences de l’information. A l’échelle suisse, cet intérêt se confirme en particulier par un projet tel que le DLCM (Data Life Cycle Management) mené par Swissuniversities.

Dans ce contexte d’innovation, le passage en revue que propose Liz Lyon en 2012 du champ couvert par le RDM dans les bibliothèques académiques semble déjà relever de l’histoire de la discipline. Il faut en effet rappeler que cette dernière s’est développée dans les pays anglo-saxons plus tôt que dans nos contrées. Ainsi, au Royaume-Uni, des organismes spécialisés en ressources et en curation digitales, tels que JISC ou le Digital Curation Center (DCC), collaborent depuis une décennie avec les universités pour élaborer des solutions en matière de RDM. Liz Lyon a d’ailleurs été co-directrice du DCC. C’est donc en experte qu’elle propose cinq affirmations sur le changement induit par le RDM dans les bibliothèques.

Cinq voies du changement difficiles à identifier

Toutefois, les cinq affirmations en question ne se laissent pas facilement identifier à la lecture de l’article. En se référant aux titres des cinq parties principales de ce dernier, le lecteur peut en effet se demander s’ils constituent les cinq postulats annoncés. Car, d’une part, la première partie, « Data Informatics and the University Library : A Catalyst for Institutional Research Data Management ? » aborde trois points, à savoir : le cycle de vie des données de la recherche, les services de soutien des bibliothèques en matière de RDM, et les rôles et responsabilités institutionnels impliqués par le RDM. Et, d’autre part, la deuxième partie, « Mainstreaming Data Librarians and Data Scientists ? » traite des compétences informatiques que demande le RDM, pour conclure par la question de savoir s’il y aura une pénurie de bibliothécaires qualifiés pour travailler avec les données. Ce point, qui pourrait être compris dans la troisième partie, traitant de la formation des spécialistes de l’information, doit-il être considéré comme l’une des cinq affirmations concernées ? Cela n’est pas certain. On pourrait enfin se demander si les cinq points mis en évidence dans la dernière partie (« Act as a hub, support the researcher, provide training, mediate public access, support members of the public ») ne correspondent pas aux cinq affirmations. Cependant, ils sont énumérés dans le cadre spécifique de l’engagement public des bibliothèques pour la diffusion de la science. La structure de l’article aurait mérité plus de clarté.

A retenir pourtant : un rappel des missions des bibliothèques

Cet article aborde cependant des aspects centraux du RDM, à savoir :

  • Le cycle de vie des données de la recherche : le modèle développé à l’Université de Bath dans le cadre du projet Research360 peut être considéré comme un modèle-type. Ses étapes se retrouvent dans d’autres modèles, comme celui de l’EPFL.
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Le cycle de vie des données de la recherche d’après le modèle du projet Research360 – source: http://www.ijdc.net/index.php/ijdc/article/view/210/279

  • Les services de soutien des bibliothèques en matière de RDM. Liz Lyon en énumère dix : les exigences du RDM, les plans de gestion des données, l’informatique, la citation, la formation, le droit d’auteur, l’évaluation, le stockage des données, l’accès et l’impact. L’intérêt majeur que présente l’article à propos de ces services est qu’il propose des outils, qui peuvent servir de documentation de référence. On mentionnera par exemple le DMPOnline ou le DMPTool pour les plans de gestion des données, ou les cours en ligne tels que MANTRA, le Research Data Bootcamp ou DataTrain pour ce qui est de la formation.
  • Les rôles et responsabilités. L’article identifie sept rôles impliqués par la gestion des données de la recherche, sous forme du tableau suivant :

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  • Les compétences du bibliothécaire de données et la formation : le bibliothécaire devra avoir des compétences informatiques solides (en standards de métadonnées, formats,  ontologies de domaine, etc.), associées à une connaissance de la discipline de recherche. Ce besoin de qualification technique pousse Liz Lyon à proposer de privilégier les candidats venant des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques dans les écoles de Sciences de l’information.
  • Le rôle de la bibliothèque dans le processus de publication académique : le but est de promouvoir l’open access et la reproductibilité de la recherche à travers des plateformes de publication telles que Force11 Community.
  • Le rôle médiateur de la bibliothèque pour l’accès à la science : c’est ce dernier point qui me semble le plus intéressant. En rappelant en effet des projets anglais qui ont donné accès au grand public aux avancées de la science, Liz Lyon souligne l’une des missions centrales des bibliothèques, en particulier à l’heure de l’omniprésence des données : permettre au public de s’orienter à travers elles. Act as hub, dit-elle.
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