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La collaboration scientifique est un phénomène complexe et hétérogène. La meilleure façon pour la caractériser est  l’étude des co-signatures. Deux indicateurs sont intéressants : le nombre d’auteurs et son caractère international. Nos auteurs, Pascal Bador et Thierry Lafouge se sont demandé s’il existe une corrélation entre ces indicateurs et le nombre de citations dans les revues médicales. Pour répondre à cette interrogation, deux journaux de pharmacie et de médecine ont été sélectionnés et étudiés. Qu’en est-il ?

Que savons-nous déjà sur la collaboration scientifique ?

De nombreuses études ont déjà montré depuis plusieurs décennies, que la collaboration entre chercheurs augmentait régulièrement dans des disciplines très diverses. L’étude des co-signatures permet donc d’étudier ce phénomène. Dans les disciplines des sciences sociales et humaines, la collaboration scientifique augmente. En physique nucléaire, il y a même le phénomène d’hyper-signature (article signé par plusieurs dizaines voire centaines d’auteurs). Au contraire, dans le domaine des arts et des lettres, le phénomène ne semble pas présent. La collaboration entre chercheurs semble augmenter au niveau national ainsi qu’au niveau international.

Lors des études sur l’analyse des citations des articles scientifiques, une tendance nette à l’augmentation du nombre de citations a été observée. De plus, il semblerait que les articles internationaux soient davantage cités que les articles nationaux. A noter que des différences significatives seraient notables selon les disciplines. Un phénomène d’autocitation pourrait expliquer, mais que partiellement, cette augmentation de citations dans les publications internationales.

Quel est l’objectif de cette étude ?

Cet article a pour objectif d’étudier la corrélation possible entre le nombre d’auteurs d’un échantillon d’articles nationaux et internationaux, et le nombre de citations reçues par ceux-ci.

Quelle population a été choisie ?

Deux journaux scientifiques ont été sélectionnés dans le Journal Citation Reports (JCR) Science Edition du Thomson Reuters ISI Web of Science (WOS).

  • « Clinical Therapeutics », en pharmacie
  • « Neoplasia », en médecine

Le choix des journaux a été établi selon des critères spécifiques afin de pouvoir comparer sérieusement les journaux entre eux. En tout 787 articles publiés entre 2002 et 2005 ont été choisis. Seuls les articles originaux ont été sélectionnés (document type = «article»).

Pour chaque article, le nombre d’auteurs, le nombre total de citations reçues jusqu’en 2010 et le caractère « national » ou « international » ont été extraits.

Comment les données ont été traitées ?

Avant d’analyser les données, les variables numériques ont été transformées en variables qualitatives. Après observation de la distribution de la classe «Auteur» trois classes ont été constituées. Pour garder une certaine objectivité, les classes ont une amplitude constante sauf la dernière classe qui est ouverte. Idem pour la classe «Citation».

Les variables ont ensuite été croisées deux à deux : «Auteur»/«Citation» et «National-International»/«Citation». La méthode utilisée est alors celle de χ2, écart à l’indépendance.

Qu’obtient-on ?

Description de l’échantillon

Le nombre moyen d’auteurs par article tend à augmenter de 2002 à 2005. Ce résultat concorde avec les études précédentes. Le nombre d’auteurs par articles est assez variable dans les deux journaux. Toutefois, dans le journal de pharmacie, 8% des articles n’ont qu’un auteur, contre 1% pour le journal de médecine. Après analyse de ce pourcentage étonnant, nous apercevons que la moitié de ces 8% semblent être des «reviews» et non pas des articles originaux.

La distribution des articles en fonction de la classe «Auteur» est différente dans les deux disciplines, au contraire de celle de la classe «Citation» qui semble similaire.

Corrélation entre les variables

Le croisement «Auteur»/«Citation» dans le journal de pharmacie montre une dépendance moyennement significative, au contraire de celui de médecine, qui démontre une dépendance très significative.

Au niveau des corrélations «Citation»/«National-International», le résultat des deux journaux montre une dépendance significative.

Que pouvons-nous en retirer ?

Le test du χ2 a permis de confirmer l’hypothèse d’une façon très significative. Il existe donc une corrélation entre le nombre de citations et le nombre d’auteurs d’un article. De plus, le caractère international a une influence sur le nombre de citations des articles médicaux.

Quelles critiques pouvons-nous faire ?

L’échantillon est petit, mais cette micro-analyse permet de montrer davantage de finesse au contraire d’un grand échantillon qui peut avoir tendance à globaliser de nombreuses données, pas forcément toujours comparables.

Selon nos auteurs, il existerait des micro-disciplines à l’intérieur de nos disciplines, et il se pourrait que leurs comportements soient différents. En plus, les politiques éditoriales pourraient être spécifiques à chaque journal.

Nous pourrions également nous poser les questions suivantes sans pour autant avoir une réponse :

La méthodologie choisie est-elle la plus appropriée ? Est-ce que les journaux sont vraiment tous originaux ? Est-ce une étude transposable à tous les journaux médicaux ? Pourquoi une étude du domaine médical à caractère international et écrite par de nombreux auteurs serait davantage citée? Ou inversement ?

Référence

Pascal Bador, Thierry Lafouge. Collaboration scientifique et citations des articles : Quelles pratiques dans les revues médicales ?. Thérapie, EDP Sciences, 2012, 67 (6), pp.505-513.