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A l’heure où le numérique s’impose dans nos vies, chaque élément de notre quotidien change et évolue pour s’inscrire dans ce nouvel environnement qu’est le digital.
Pour les sciences de l’information, cette révolution a commencé depuis les années soixante et septante, avec la construction de base de données bibliographiques, essentiellement dans le domaine scientifique.

En plus du changement des pratiques documentaires, c’est le centre de nos métiers, le document, qui se transforme lui aussi: on ne parle presque plus de document en tant que tel, mais d’un flux d’information en constante évolution.
Afin d’accompagner cette transformation, les sciences de l’information parlent de redocumentarisation.

Une petite définition

Avant de s’intéresser plus précisément à ce mouvement, nous allons tout d’abord expliquer ce qu’est la “documentarisation”, qui concerne principalement les documents imprimés.

Traiter de manière traditionnelle un document, c’est-à-dire celui réalisé par des professionnels ID : cataloguer, indexer ou encore résumer.

Le mouvement de redocumentarisation renvoie au passage d’une documentation à une autre.

Avec l’imprimé, la description du document se fait simultanément avec le texte et le support. Avec l’avènement du numérique, on observe une dissociation entre les deux: on s’intéresse alors non pas à la forme que prend l’information, mais à sa structure et son contexte.

Ainsi, pour la traiter, on enrichit les métadonnées, d’une part par des professionnels ID, et d’autre part, et c’est une particularité du numérique, par les lecteurs et utilisateurs des documents.
Nous sommes donc face à un mouvement collectif, ce qui permet à l’information d’être vivante et d’évoluer en temps réel, et d’être constamment reliée à l’état du savoir.

documentarisation

 http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2007/05/05/252-eclairages-sur-la-redocumentarisation

Du document physique au document numérique

A l’heure actuelle, la véritable préoccupation du document réside dans sa stabilité. En effet, si de manière classique on considère que la permanence d’un document dépend de son support, l’évolution du format numérique permet de transposer les contenus sur des supports aux multiples formes.  La vision que nous avions alors de la solidité documentaire se fragilise.

Toutefois, l’hétérogénéité des supports ne doit pas remettre en doute la fiabilité de l’information : au contraire, permettre au contenu de s’émanciper de son contenant offre de grandes possibilités.

  • Tout d’abord, le développement du Web a permis de mettre en place un véritable système de réseau d’information : grâce notamment à Ted Nelson et à Tim Bernes-Lee, on peut lier et structurer l’information sur le net. Avec l’hypertexte, les documents numériques sur la toile peuvent être mis en relation, comparés et annotés entre eux, et cela de manière quasi infinie grâce au Big Data.
  • Ensuite, on constate qu’un document numérique, de par sa nature, acquiert une tridimensionnalité ; avant le processus de redocumentarisation, un document était principalement imprimé, donc en deux dimensions, le texte et le support. Aujourd’hui, le document numérique est un ensemble d’interaction entre l’information, sa structure et l’utilisateur : ces trois dimensions existent déjà dans les sciences de l’information, avec le classement, l’indexation et l’accès au document. Seulement, cette tridimensionnalité dépasse le cadre de l’information documentaire:

 

  • Le VU correspond à la forme et à une modalité anthropologique du document : c’est là que l’on va le classer ;
  • Le LU concorde avec le caractère intellectuel du document, avec le contenu. Ici, on indexe ;
  • Le SU coïncide avec la dimension sociale du document, donc à son partage et son accès.

Ces trois dimensions peuvent être indépendantes les unes des autres : néanmoins, elles sont toujours en cohérence entre elles,  ce qui crée la stabilité de la structure de l’information.

J.-M. Salaün résume très bien la situation:

« la stabilité des supports est remplacée par celle des structures, les tags et ontologies remplacent les thésaurus et les réseaux prennent la place des bibliothèques traditionnelles (…) » (Salaün, 2007).

 Quid des professionnels ID ?

Le mouvement de redocumentarisation n’a pas eu d’impact que sur le traitement du document : les services documentaires ont également vu leur environnement changer.
La mission même des bibliothèques et des documentalistes de donner accès à l’information s’est vu être modifiée, puisque de nombreux services en ligne tels que les bases de données ou les moteurs de recherche ont « pris leur place » aux yeux des usagers. Les pratiques des professionnels évoluent et s’adaptent à leur nouveau contexte, notamment en proposant des formations aux usagers et également des services accessibles sur le Web, comme par exemple InterroGE ou le Guichet du Savoir à Lyon.

Dans le domaine académique, on assiste à une mise en valeurs des sciences de l’information, notamment aux États-Unis avec les Information-Schools. En appuyant sur l’interdisciplinarité de ce domaine, les professionnels ID cherchent à mettre au centre des pratiques estudiantines et de recherches le traitement et la compréhension de l’information, en offrant à leur public les outils et les savoir-faire leur permettant de faire avancer leurs connaissances en s’appropriant les flux qui constituent l’information d’aujourd’hui.