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Synthèse

L’article que j’ai choisi de vous présenter est centré sur une organisation de volontaires : la CAMRA (Campaign for Real Ale). Cette association coordonne près de 200 festivals de différentes tailles à travers le Royaume-Uni, dans le but de rehausser l’image de la bière, d’enrôler de nouveaux membres et de récolter des fonds. Les auteurs ont choisi d’analyser le fonctionnement de trois festivals différents en taille et maturité. Le but annoncé de l’article est d’observer la façon dont la connaissance est gérée, transmise et partagée dans ce contexte de volontariat où il n’y a pas de contraintes imposant la mise en place d’un système de knowledge management.

La méthodologie utilisée est présentée clairement et simplement. Les trois festivals choisis l’ont été selon des critères précis afin de former un échantillon représentatif de la variété des évènements organisés par la CAMRA. Il a ensuite été décidé de mener des entretiens individuels avec les responsables principaux de chaque événement et de réunir des focus groupes de volontaires en recourant à des questions similaires.

Les résultats et la discussion font ressortir des différences entre les festivals mais globalement leurs fonctionnements en matière de partage et de gestion des connaissances sont similaires. La forte culture de l’oral rend difficile la fixation et la standardisation des connaissances et des procédés. Le savoir-faire se transmet sur la base d’un modèle de « maître-élève » (master-apprentice model). C’est-à-dire que les volontaires expérimentés montrent comment réaliser les tâches aux nouveaux jusqu’à ce que ces derniers soient autonomes et capables de transmettre à leur tour. De façon générale, les auteurs notent un manque de stratégie pour le partage et la gestion des connaissances.

Analyse

La structure de l’article respecte les critères d’un article scientifique. Les faits sont présentés de façon claire et compréhensible. La revue de la littérature présente des références intéressantes malgré que le secteur du volontariat soit encore peu étudié.

La méthodologie est explicite et la sélection de l’échantillon observé, bien que très petit, semble refléter la diversité des festivals organisés par la CAMRA chaque année. Les auteurs ont sans doute été limités par des questions de temps et d’organisation mais il est clair que sur les 200 évènements annuels, le pourcentage étudié paraît infime (1,5%).

Les résultats sont présentés selon les différents aspects observés dans le partage et la gestion des connaissances. Les arguments avancés sont intéressants et confirment les attentes et intuitions sur le domaine du knowledge management dans le secteur du volontariat. Il n’y a, à mon sens, rien de très nouveau dans les fonctionnements décrits mais le simple fait d’avoir pris le temps de mener des entretiens et de les analyser dans cet article permet de renforcer la littérature dans le domaine. En effet, la connaissance tacite et intuitive de chacun sur le knowledge management dans les associations bénévoles mérite d’être publiée sur papier.

Je reprocherais tout de même à la discussion finale de ne pas proposer de solutions au manque de partage et de gestion des connaissances. L’article observe les pratiques de knowledge management dans l’organisation de trois festivals de la CAMRA mais nous n’en apprenons pas plus sur les procédés qui pourraient être mis en place.

Il faut avouer que le simple fait d’attirer l’attention sur les pratiques observées permet au lecteur d’en déduire par lui-même les bons usages pour une meilleure gestion des connaissances.

Néanmoins, l’article est très utile car il permet de transposer le cas précis de la CAMRA à d’autres organisations volontaires.

Contextualisation

Dans le cadre du cours de knowledge management, nous avons été amenés à examiner de plus près le secteur des ONG. L’article analysé ci-dessus permet aisément de faire le lien avec les thématiques abordées en classe.

Beaucoup d’ONG fonctionnent, comme la CAMRA, sur la base des volontaires impliqués. Cela impacte la gestion des connaissances car les gens ne ressentent pas nécessairement le besoin de partager leur savoir-faire.

Une grande problématique à laquelle la CAMRA et les ONG en général font face est le fort turnover des volontaires. Cela implique souvent qu’une grande partie de l’expérience, du savoir-faire et des connaissances tacites partent avec les membres de l’organisation s’ils ne les ont pas explicités au préalable. À la CAMRA, la plupart des volontaires ne participent qu’à la mise en place d’un festival, les équipes sont pour la plupart renouvelées à chaque événement. Dans les ONG, un turnover est également constaté et il est important de trouver un moyen de fixer au sein de l’organisation le savoir-faire et les connaissances de chacun.

La culture orale est mentionnée dans l’article et se retrouve également dans beaucoup d’ONG. Les gens préfèrent la praticité, la simplicité et la rapidité des échanges oraux qui restent informels. Ce phénomène est renforcé par la culture de l’urgence. Les ONG intervenant dans des situations de crise sont amenées à agir dans l’immédiat sans prendre le temps de stocker les connaissances acquises afin de les mettre au service des équipes ou des projets suivants. L’utilité du knowledge management se fait tout de même de plus en plus visible, même dans le secteur du volontariat, et des systèmes se développent dans les ONG afin d’optimiser leurs actions.

Référence

RAGSDELL, Gillian, ORTOLL ESPINET, Eva et NORRIS Michael, 2014. Knowledge management in the voluntary sector: a focus on sharing project know-how and expertise. Knowledge Management Research & Practice [également en ligne]. Novembre 2014. Vol. 12, n° 4, pp. 351–361. [Consulté le 15 mars 2015] Disponible à l’adresse :

http://www.palgrave-journals.com/kmrp/journal/v12/n4/abs/kmrp201321a.html