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Qui va payer pour l’archivage à long terme ? Comment garantir la validité scientifique des données de recherche réutilisables ? Qui détermine quelles données garder ou détruire, et à quel moment ? Ces questions passionnantes ont réuni une quarantaine de professionnels de l’information lors de l’Ecole d’automne sur la gestion des données de la recherche, les 26 et 27 octobre derniers.

Si certains participants avaient des attentes précises de bonnes pratiques, voire de recettes magiques, pour gérer les données produites par les chercheurs de leur institution, nous nous sommes rendues à l’Ecole dans une perspective un peu différente. Actuellement aux prises avec les résultats de notre enquête sur les besoins en formation et le développement de services de Research data management (RDM) en Suisse, nous avons saisi l’occasion pour nous fondre parmi notre population-cible et nous essayer à l’observation ethnographique.

POLARISATION des compétences pour un domaine mouvant

Première constatation du lundi matin: les participants du workshop ont des expériences disparates concernant le RDM. Une petite moitié seulement admet y avoir déjà été confronté dans le cadre professionnel. Les attentes sont également hétérogènes, puisque les problématiques qui interpellent vont du tri des données à des problèmes concrets de stockage, en passant par la communication –parfois difficile semble-t-il-, avec les producteurs de données. Le chercheur est-il un animal plus exotique que le futur data custodian? Rien n’est moins sûr.

Lors du tour de table de début de session, les participants ne tardent pas à manifester des besoins très divers. Voilà qui confirme les résultats de notre sondage et nos premières impressions à ce stade de notre recherche. Les besoins exprimés relèvent autant de solutions (outils, services) qui restent à développer, que d’orientations stratégiques à prendre. Un constat valable pour les diverses étapes du cycle de vie des données:

Le MIRAGE d’une archive pérenne

Lundi matin, les intervenants de l’EPFL nous remettent les pendules à l’heure avec quelques définitions, des bonnes pratiques, des checklists pour faire des plans de gestion des données (DMP) et des répertoires d’outils spécifiques aux différents stades du cycle de vie des données. L’après-midi, il s’agira pour les professionnels de l’Unige de nous faire saisir les enjeux de l’archivage à long terme des objets numériques. On nous présente aussi Data Accessioner, un outil simple pour s’initier à la préservation à long terme même lorsque l’on n’a pas une armée IT avec nous.

L’OEIL de Moscou fait du bricolage

Le mardi, place aux travaux pratiques. Déposer un petit (tout petit) jeu de données dans un dépôt, ça prend combien de temps ? Selon la majorité des participants, plutôt entre cinq et quinze minutes. Hum. On a changé d’avis pendant l’exercice. Selon la plateforme choisie (les exercices ont été réalisés sur Zenodo et Figshare), les métadonnées à spécifier sont relativement nombreuses, les champs pas toujours très clairs, et heureusement, notre upload était vraiment rapide…Réflexe corporatiste, quelqu’un remarque que ce ne sont pas des documentalistes qui ont décidé des champs à compléter. On a presque envie de dire heureusement. Car l’enjeu est bien de développer des outils qui allient qualité et précision pour permettre la réutilisation correcte des jeux de données, mais avec une interface utilisateur grand public !

L’après-midi, par petits groupes, on fait du tri par cartes et tourne une roue en papier pour imaginer les services possibles autour du RDM, et on dessine un roadmap pour des futures formations destinées à différents publics. On en a presque oublié pourquoi on était là…

Boostées pour la suite

Au final, on se demande si les intervenants et leurs présentations n’ont pas suscité plus de questionnements qu’ils n’ont apporté de réponses. Mais c’est plutôt excitant de s’immerger dans un domaine vivant, mouvant, où il y a encore peu de certitudes. Pour nous, ce workshop a aussi été l’occasion de rencontrer certains des acteurs qui ont véritablement les mains dans le moteur en Suisse Romande et plus loin, et de (re)voir les interlocuteurs de notre dernière grosse étape de récolte de données pour notre recherche : des entretiens avec un focus sur les services de consulting en RDM.

Elena Fachinotti, Eva Gozzelino et Sara Lonati