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Introduction

Pour récolter les informations nécessaires à notre projet de recherche sur l’accessibilité des musées pour les personnes handicapées de la vue, nous avons utilisé différentes méthodes. Nous avons décidé d’évoquer ici notre expérience concernant l’organisation d’un focus group. Nous le savons tous, la théorie est une chose et la pratique en est une autre. C’est pourquoi nous évoquerons, dans un second billet de blog, comment l’évènement s’est déroulé et quels ont été les éventuels imprévus. Il s’agira donc de faire part de notre expérience sur certains éléments facilitant la réussite de ce type d’entretien. Ce premier billet s’arrête ainsi le jour du focus group.

Première question, qu’est-ce qu’un focus group ? En quelques mots, il s’agit d’une technique consistant à réunir un certain nombre de personnes autour d’un modérateur afin de mener une discussion ouverte sur un sujet déterminé et préalablement balisé. Nous avons choisi la forme semi-directive qui permet aux protagonistes de s’exprimer librement tout en respectant un canevas. Idéalement, les avis devraient être sensiblement différents, ceci afin d’avoir plusieurs points de vue, tout en suscitant le débat et encourager ainsi l’argumentation.

focus-group-sillhouette1Tiré de : http://www.oxy.edu

Avantages de la méthode

  • L’interaction entre les personnes interrogées peut amener de nouvelles informations ou de nouveaux concepts, voire même des signaux faibles.
  • Les réponses sont bien développées et il n’existe aucun risque d’ambiguïté, même dans la question posée.
  • Plusieurs personnes peuvent être interrogées simultanément.
  • La réaction des participants peut être observée, ce qui est impossible lors d’un questionnaire.
  • L’entretien peut être adapté en fonction des interventions.
  • La discussion est ouverte, détendue et moins formelle.

Inconvénients de la méthode  

  • Cette méthode peut être chronophage. D’abord au niveau organisationnel, notamment pour réunir tous les participants en un même lieu. Ensuite, le temps à consacrer à la retranscription à partir d’un document sonore et à l’analyse des résultats ne doit pas être pris à la légère.
  • Le risque existe que l’un des participants prenne trop de place et parasite tout le groupe, que ses remarques soient pertinentes ou pas.
  • Si la dynamique de groupe est mauvaise, les discussions n’apporteront que peu de résultats.
  • Le modérateur risque d’orienter volontairement ou involontairement les personnes interrogées selon son propre postulat.

Le travail de modérateur

Son rôle est primordial car il permet non seulement de donner le ton de la discussion, mais il crée également une atmosphère propice au développement des échanges et des idées. Il s’agit souvent de professionnels, mais dans notre cas, nous nous sommes basés sur des lectures, sur notre propre jugement et sur les diverses conversations de préparation à ce focus group.

A quoi un modérateur doit-il être attentif ? La première chose est de mettre les intervenants à l’aise, en leur rappelant qu’il n’existe aucune mauvaise réponse. Il doit également être capable d’adapter son discours en fonction de ses interlocuteurs et de l’avancée du dialogue, tout en restant neutre. De plus, il doit encourager les participants moins expansifs à s’exprimer et éviter que les plus prolixes influencent l’avis des autres personnes présentes. Finalement, il doit sentir à quel moment orienter le groupe vers un autre sujet ou une autre question une fois suffisamment d’éléments reçus.

La phase de préparation

Après avoir obtenu les coordonnées, par le biais de deux associations du domaine, de personnes potentiellement intéressées et les avoir contactées, la première difficulté a été de les réunir. Nous avons décidé de ne pas dépasser six personnes, tout en prévoyant qu’un désistement de dernière minute pouvait arriver. En plus de cinq personnes avec un handicap visuel, nous avons également convié une représentante de l’Association pour le bien des aveugles et malvoyants de Genève (ABAGE) qui a eu la gentillesse de nous accueillir dans ses locaux. L’avantage était que cet endroit était connu de tous, ce qui était un élément précieux pour des malvoyants. Nous leur avons cependant proposé notre aide pour les accompagner sur le lieu de la rencontre si elles en ressentaient le besoin.

Nous avons choisi de ne pas leur envoyer préalablement les questions afin que les discussions soient plus spontanées. Dans notre premier contact, nous avons simplement expliqué dans les grandes lignes en quoi consistait notre travail de recherche et ce que nous attendions des participants.

Il a fallu ensuite définir les rôles au sein du groupe de travail : une personne sera chargée de conduire le focus group, la deuxième prendra des notes et la troisième naviguera entre les deux, tout en restant attentive aux éventuels besoins logistiques durant l’entretien, notamment la qualité de l’enregistrement et le ravitaillement des invités. Le rôle de la seconde personne est très important, car elle notera, selon sa propre impression, les points importants de la discussion et les premiers mots-clés. De plus, elle sera attentive au langage corporel et aux mimiques des différents intervenants, ce que  l’enregistrement ne pourra pas déceler.

Avant l’entretien, nous nous rendrons sur place pour préparer les lieux : tables, chaises, boissons et biscuits. Sans oublier de prévoir des écuelles pour les chiens d’aveugle et des sièges supplémentaires pour les éventuels acompagnants présents.

La discussion

Nous allons commencer par nous présenter en quelques mots et rappeler l’objectif du projet de recherche et du focus group. Puis, afin de briser la glace, nous prévoyons de demander à tous les invités de se présenter. Un plan de table sera établi afin de savoir précisément qui interviendra au fil de l’entretien. A noter que les premières minutes sont importantes, car elles donnent le ton de la rencontre.

Ensuite, nous leur demanderons l’autorisation d’enregistrer la discussion afin de faciliter sa tenue, sa retranscription et son analyse. Finalement, un formulaire de consentement sera signé par tous les protagonistes. Celui-ci a préalablement été envoyé par mail et sera lu de vive voix le jour de l’entretien pour éviter tout malentendu.

Comme indiqué plus haut, vous découvrirez la suite dans un prochain billet : comment s’est déroulée la discussion ? Quelle confrontation entre la théorie et la pratique ? Quelles leçons avons-nous tirées de cette première expérience ?

Manon Saudan, Massimiliano Mennillo et Marco Marchetti

Bibliographie

KRUEGER, Richard A., 1998. Moderating focus group. Thousand Oaks: Sage Publ. Focus group kit, no 4. ISBN 0761908218

ROCHAT, Jean-Moïse. S.d. Méthodes de recueil de données pour l’évaluation d’un cursus d’études [document PDF]. Unil.ch [en ligne]. [Consulté le 31.10.2015]. Disponible à l’adresse: http://www.unil.ch/files/live//sites/cse/files/shared/brochures/CSE_Guide_recueil_donnees_cursus_2011.pdf