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couverture du livre présenté

Couverture du livre de J.M Salaün

A l’origine de ce billet

Dans le cadre d’un cours dédié à l’économie de l’information en Master ID, quatre étudiants de la précédente volée (2012-2014) avaient réalisé un compte rendu de lecture sur un ouvrage largement commenté de Jean-Michel Salaün, enseignant-chercheur reconnu dans le milieu francophone des sciences de l’information. Ce semestre, l’ouvrage « Vu, lu, su : les architectes de l’information face à l’oligopole du web », paru aux Editions de la Découverte en 2012, re-pointe le bout de son nez et continue d’intéresser les étudiants !

Dès lors, la question a été de savoir comment faire profiter à la volée actuelle de ce travail réalisé par d’autres étudiants. Quoi de mieux qu’un billet de blog ? Celui-ci vise à introduire cette fiche de lecture et à donner l’envie de lire cet ouvrage, qui a sans aucun doute marqué les sciences de l’information !

L’eau à la bouche

Plus qu’un simple résumé par chapitre, cette fiche présente l’auteur, une bibliographie sélective de ses travaux, le contexte de parution et de réception de l’ouvrage. Elle fait également référence à d’autres comptes-rendus permettant de multiplier les interprétations. Une autre plus-value de ce travail estudiantin tient dans le dernier chapitre de la fiche de lecture. Les quatre étudiants y apportent leur propre analyse.

Image d'un livre-gâteau prêt à être dégusté

Source : Babelio. Disponible à l’adresse suivante : http://www.babelio.com/forum/viewtopic.php?t=8634&sid=bedb1e29c766f55645a879a7ea794a70

De quoi parle ce livre ?

En bref, dans cet essai, l’auteur propose d’approcher le Web sous un angle inhabituel, celui du document et non pas des sciences de l’information. En inscrivant le Web dans une histoire longue – celle des bibliothèques, des centres d’archives, de l’imprimerie, de l’édition, de la presse, de la radio-télévision – il prend le contrepied de la plupart des commentateurs et des penseurs du domaine qui développent leurs réflexions de manière collective et immédiate.

Sous l’angle du document

Après avoir présenté le modèle économique de la bibliothèque comme à l’origine du premier système de capitalisation de la connaissance, il retrace son évolution avant de le relier/l’opposer au Web. Il s’intéresse d’abord à la mutation du « document » en tant qu’objet d’études dans l’histoire des sciences de l’information. Pour lui, un document est une construction de trois dimensions caractéristiques : sa forme (vu), son contenu (lu) et son médium (su). D’abord considéré comme un objet informationnel composé d’une information enregistrée sur un support physique, il s’est mué vers ce qu’il nomme un « protodocument », une information en elle-même immatérielle détachée de toute réalité physique. Pour devenir un document, le protodocument doit pouvoir être vu, lu, su.

visualisation des 3 dimensions du documents

Source : blog « L’économie du document : bloc-notes de Jean Michel Salaün ». Disponible à l’adresse suivante : http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2011/03/30/La-redocumentarisation-en-quatre-images

La redocumentarisation du Web

L’auteur observe ensuite comment le document se construit sur le Web : qu’est-ce qu’un document sur le Web et est-ce que la définition qu’on a établi jusque-là est toujours valable ? Pour répondre à cette question, il analyse le Web sous l’angle tridimensionnel du document. Il constate un phénomène de « redocumentarisation », qui s’opère selon un mode de publication documentaire inversé. En effet, le fonctionnement du premier système documentaire était garanti par un processus de production en deux temps : création, publication des documents par les auteurs, puis, collecte, indexation et catalogage par les bibliothécaires est bouleversé, ces deux moments se confondant. Ainsi, l’ordre établi est modifié et les étapes d’indexation ou de catalogage, dorénavant appelées métadonnées, sont effectuées au même moment que sa mise en ligne. Cette « réingénierie documentaire » amène alors l’auteur a une profonde remise en question des critères de validité de l’information : un document se construit aujourd’hui davantage sur sa popularité et sa rapidité à être échangé (su) que sur sa véracité (lu).

Jean-Michel Salaün évoque également une conséquence de cette réorganisation documentaire, la documentarisation des individus. Il met en garde sur les risques liés à la manipulation du « je-document » et explique l’importance de gérer son identité numérique et les traces que tout un chacun laisse sur la toile.

L’économie du document

En utilisant toujours sa « grille de lecture » du document, Salaün explore ensuite l’économie du document sur le Web et présente les marchés correspondant à chacune des trois dimensions:

  • la vente de biens (e-books, matériel, modèle « vu »),
  • la vente d’accès (abonnements, licences, modèle « lu »),
  • la vente d’attention (pub en ligne, modèle « su »).

Toutefois, le média Web est hybride et qu’il rend les frontières floues entre les différents modèles. En ce sens, le Web concurrence doublement les autres modèles en s’appuyant sur un accès aux documents (payant ou gratuit) et en accaparant l’attention du consommateur. Le Web « documentarise » les médias traditionnels et commercialise la bibliothèque en formant une nouvelle « industrie de la mémoire » dont il décline les cinq pôles. Il précise que le Web représente à la fois une chance de développement pour ces marchés et en même temps une concurrence.

Le néodocument

A la fin de son essai, l’auteur définit ce qu’il appelle à présent un néodocument : un document numérique créé et échangé sur le Web dont il décrit les quatre paradoxes :

  • Propriété et partage,
  • Lecture et calcul,
  • Conversation et traces,
  • Mémoire et oubli.

Salaün termine son analyse en investiguant le modèle commercial du Web et pousse encore son analogie tridimensionnelle du document plus loin en l’associant à chacune des trois logiques économiques mises en place par les mastodontes de la toile : Apple (lu), Google (su) et Facebook (vu).

Et les professionnels dans tout ça ?

En guise de conclusion, l’auteur explique que les professionnels n’ont pas toujours été associés à cette bascule documentaire du Web. Pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient pas toujours formés aussi bien aux savoirs documentaires traditionnels qu’aux développements informatiques du Web. Pour lui comme pour d’autres penseurs, la formation des professionnels doit être adaptée et intégrer de nouvelles compétences pour gérer le néodocument dans l’environnement Web.

A votre tour de goûter

L’originalité de ce livre tient dans sa forme, l’essai. Il en a les forces, mais aussi les limites : bien que documenté et bien structuré, cet ouvrage ne s’appuie pas sur des résultats de recherches scientifiques, mais uniquement sur des lectures et des réflexions personnelles et menées dans le cadre du réseau RTP-doc.

En espérant que ce billet vous aura envie d’entamer la lecture de ce compte-rendu, qui, comme le livre lui-même est un essai, c’est à dire le reflet d’une interprétation propre à quatre étudiants en sciences de l’information.

Lien vers le compte-rendu de lecture-Vu,Lu,Su