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Qui veut s’intéresser aux sciences de l’information (SI) risque très vite d’être confronté à quelques simples questions de vocabulaire. Et ce petit jeu du « de quoi on parle ? » est pimenté par un savant mélange de mots anglais et de traductions françaises forcément variables et souvent approximatives.

tagpratiquesDepuis quelques années en SI, la notion de « pratiques informationnelles/information practices » vient compléter la longue liste des termes liés à la notion d’information : « besoin en information/information need », « comportement informationnel/information behaviour », « Modalité d’accès et d’usage de l’information/information seeking and use », recherche d’information (RI)/information searching behaviour »… Avant de conclure trop vite à un besoin absolu de complexification, il faut bien comprendre que la multiplication des concepts est plutôt le signe d’un intérêt croissant et interdisciplinaire pour le cœur même de notre travail « l’information »

Ainsi la notion de « pratiques informationnelles » doit être envisagée comme le résultat de l’évolution de nombreux travaux qui visent à mieux comprendre « tout » ce qui entoure le lien entre l’information et l’usager. Et ce « tout », pour être au mieux englober, nécessite selon M.Ihadjadene et S.Chaudiron, une connaissance des théories et modèles développés en SI mais également dans d’autres disciplines. Ces deux professeurs en SI proposent dans leur article « Des processus aux pratiques : quels modèles informationnels pour analyser l’accès à l’information en contexte professionnel ? », un parallélisme entre des modèles informationnels issus des SI et des modèles issus des sciences de la gestion et du management dans le contexte particulier du monde professionnel.

 Définir « les pratiques informationnelles »

M.Ihadjadene et S.Chaudiron désignent les pratiques informationnelles comme « la manière dont l’ensemble de dispositifs, des sources, des outils, des compétences cognitives sont effectivement mobilisés dans les différentes situations de production, de recherche, traitement de l’information  » (2009). Pour eux, les « pratiques » se différencient notamment de « l’usage », qui s’arrête à la simple utilisation alors que les pratiques englobent également les individus dans leur entièreté socio-culturelle, intellectuelle, environnementale… Pour aller plus loin, un éclaircissement très complet de ce concept est proposé par C.Gardiès, I.Fabre et V.Couzinet, dans leur article « Re-questionner les pratiques informationnelles » (Études de communication, 35 | 2010, 121-132).

En SI, l’intérêt pour ses questions apparaît dès les années 50 mais se développe surtout à partir des années 80 avec de nombreux travaux sur les « pratiques d’accès à l’information ». K. Fisher, S.Erdelez et L.McKechnie proposent un panorama des modèles issus de ces travaux dans son ouvrage « Theorie of information behaviour » (ASIST, 2005). 72 modèles y sont détaillés mais plus qu’une analyse détaillée de ces modèles, c’est principalement leur évolution qui intéresse M.Ihadjadene et S.Chaudiron.

« Des processus aux pratiques… »

Au tout début, les études se concentraient sur la notion de système en lien notamment avec les travaux sur l’évaluation des systèmes de recherche d’information, puis ont commencé à apparaître des modèles analysant le rapport entre le système et l’usager. M.Ihadjadene et S.Chaudiron présentent plusieurs de ces modèles « process-oriented » (M.Bates, 1989, D.Ellis, 1993…) qui ont pour point commun de détailler le processus d’accès à l’information du début à la fin mais indépendamment des éléments extérieurs pouvant influencer le rapport à l’information.

Au contraire, les approches contextuelles, comme celle de G. Leckie (1996), s’intéresse aux facteurs internes ou externes qui déclenchent ce même processus informationnel. Qu’il soit nommé « environnement » (Taylor, 1991) ou « écologie » (Davenport, 1997), les différents travaux concluent tous à sa nécessaire prise en compte dans les processus informationnels. Loin d’opposer les modèles « process-oriented » et les modèles contextuelles, M.Ihadjadene et S.Chaudiron les visualisent comme complémentaires. Pour eux, l’ensemble de ces modèles reflète surtout les manques, dans la conception générale des systèmes d’information.

…en passant par les sciences de la gestion et du management.

Face à ce constat, les deux auteurs proposent un rapide détour dans les modèles informationnels issus des sciences de gestion bien que l’objectif des travaux soit bien différent, que celui des SI, puisqu’ il s’agit de rendre plus efficace le comportement des professionnels, dans une idée de rentabilité propre au domaine de l’entreprise. Cependant les domaines de l’intelligence économique et de la veille stratégique développent des modèles comparables mais avec l’idée que l’information doit être transformée en indices mesurables pour permettre la prise de décision. Sans détailler plus ces modèles, M.Ihadjadene et S.Chaudiron invitent à consulter le travail de H.Ayachi (2007). Ils détaillent cependant le modèle le plus aligné au SI proposé par P.A. Julien et I.Vaghely qui s’interrogent particulièrement sur la manière dont les individus traitent l’information dans le contexte professionnel. L’ensemble des modèles en sciences de gestion confirme que ce sont les contextes internes et externes propres à chaque entreprise qui vont déterminer et orienter le processus d’accès à l’information.

Le parallèle entre les modèles issus des SI et ceux issus des sciences de la gestion permet surtout à M.Ihadjadene et S.Chaudiron de mettre en évidence l’inexistence d’un modèle général prenant en compte le système, l’individu, son contexte… en résumé un modèle de « pratiques informationnelles ».

Conclusion

Au final, cet article court mais très dense permet d’entrouvrir une porte derrière laquelle se cachent un nombre considérable de modèles et théories informationnels. Il donne également l’occasion aux auteurs de présenter leur futur travail sur ce qu’ils appellent des « voies de passage » faisant le lien entre les théories générales et les pratiques réelles.

Il met surtout en évidence, l’importance de la connaissance des modèles antérieurs et de leur évolution pour une meilleure compréhension et appelle surtout à ne pas hésiter à regarder du côté des autres disciplines pour mieux éclairer certains concepts.

 Pour aller plus loin dans la « pratique » ou http://fr.slideshare.net/elisepelletier/pratiques-informationnelles

Références bibliographiques:

M.Ihadjadene, S. Chaudiron. Des processus aux pratiques : quels modèles informationnels pour analyser l’accès à l’information en contexte professionnel ?. GRESEC.Evolutions technologiques et information professionnelle : pratiques, acteurs et documents, ‘2009), France. pp.1-12. <hal-00468728>

 H.Ayachi, L’adéquation entre le système d’information et la veille stratégique dans une activité de construction de sens, in Revue Management et avenir, vol. 2, n° 12, p. 49-66. (2007)