Étiquettes

, , , , , , , , , ,

Introduction

«Connaître les comportements des internautes, que ceux-ci soient verbaux ou non, est indispensable pour évaluer l’adéquation des contenus des sites web à leurs attentes.»

Par cette phrase introductive, les auteurs de l’article [1], issus de l’université de Lorraine à Metz, annoncent clairement un fondamental : l’importance de l’ergonomie et de la structure d’un site web pour que celui-ci soit efficace.

Beaucoup d’études sont effectuées sur le comportement des internautes. Elles visent toutes à comprendre quels sont les comportements et les modes de pensées, informations primordiales lors de la conception d’un site web. Plusieurs catégories de personnes sont intéressées par celles-ci. Nous en citerons ici trois, bien qu’il en existe davantage : d’une part, les webmasters soucieux d’améliorer la qualité de leur site et ainsi augmenter le nombre de visiteurs. Ensuite, les sites de vente en ligne, dans une optique principalement commerciale. Finalement, on peut aussi évoquer le cas d’administrations étatiques soucieuses de décharger leurs collaborateurs et améliorer la qualité de service fourni aux administrés.

Il existe une manière objective et une manière subjective d’évaluer le comportement d’un internaute. La première se fait à l’aide d’outils capables de récupérer automatiquement des données (avec ou sans l’accord de l’utilisateur), la deuxième à l’aide de questionnaires, d’entretiens ou d’observations permettant d’évaluer le ressenti d’un usager.

Analyse des comportements intersites

Il s’agit là de comprendre la navigation d’un internaute à travers différents sites. Une des possibilités pour y parvenir est de récupérer l’historique de navigation. Soit celui-ci est conservé par l’internaute, soit un navigateur instrumenté qui récupère automatiquement les données lui est fourni.

Les premières études, datant des années 90, utilisaient un navigateur modifié qui permettait certains enregistrements comme la sélection d’un lien, l’utilisation des boutons BACK ou FORWARD, l’ouverture d’un fichier, le retour à la page d’accueil et l’utilisation de l’historique.

Les études plus récentes ont une approche différente avec l’utilisation d’un plug-in installé sur l’ordinateur du participant et qui permet d’enregistrer des paramètres comme le temps de téléchargement, le temps passé sur une page, la taille de la fenêtre, etc. Toutefois, pour fonctionner, d’autres applications doivent aussi être présentes (Java, MySQL, etc.).

Quelques statistiques

Afin de ne pas inonder ce texte de statistiques, une sélection de chiffres considérés comme significatifs a été effectuée :

L’étude de Catledge et Pitkow [2], publiée en 1995, a permis d’identifier une stratégie de navigation intersites qui consistait à effectuer des allers-retours entre les pages consultées et la page de départ à l’aide du bouton BACK. L’étude a montré que cette technique représentait 41% des actions de navigation. Weinreich et ses collaborateurs [3] [4] ont constaté en 2006 et 2008 un usage décroissant de ce même bouton pour retomber à 15% des actions. Cette baisse notable est due à une meilleure connaissance d’internet et des possibilités offertes par les différents outils, ce qui rend la navigation mieux organisée et plus efficace. Weinreich a également évalué le temps passé sur une page, même s’il est impossible de déterminer si la page a effectivement été lue. Il en ressort que 25% de celles-ci sont affichées moins de 10 secondes et 10% des pages plus de 2 minutes.

L’étude de Tauscher et Greenberg [5] de 1997 a porté sur les revisites de sites web pour constater que 58% des pages visitées étaient en fait des revisites. Quatre ans plus tard, Cockburn et McKenzie [6] ont établi que le taux de revisite était passé à 81%. Malheureusement, les auteurs de l’article ne commentent pas cette hausse substantielle.

Analyse des comportements intrasite et intrapage

Ce type d’analyse se fait notamment par le biais de journaux d’événements qui sont des fichiers texte enregistrant de manière chronologique les événements exécutés par un serveur ou une application informatique. Pour traiter la quantité de données enregistrées par ces fichiers, des outils logiciels ont été créés. Une autre méthode consiste à confier à des participants l’exécution de tâches prédéfinies et l’exploration commentée d’un site.

Ces deux approches donnent des résultats différents, mais complémentaires. On s’intéresse ici au comportement de l’utilisateur et à sa capacité à exécuter des tâches.

Utilisation de l’oculométrie

L’oculomètre est un appareil permettant de connaître la position de la fixation visuelle sur un espace donné. Après un calibrage, il permet de suivre en temps réel ce que regarde l’internaute sur un écran d’ordinateur. Au fil des années, cet appareil est devenu beaucoup moins encombrant, ce qui a considérablement popularisé son utilisation. Il permet également de repérer les comportements oculaires erratiques, signes de désorientation de l’utilisateur. Notons que c’est un outil particulièrement apprécié en marketing.

visualisation d’un résultat d’oculométrie

visualisation d’un résultat d’oculométrie [7]

Le jugement des internautes

Les questionnaires permettent de compléter les mesures objectives par des mesures subjectives censées refléter le ressenti des utilisateurs lors de leurs interactions avec un site web.

Le WAMMI (Website Analysis and Measurment Inventory) est une échelle de mesure pour l’évaluation d’un site web qui regroupe 5 domaines : l’attractivité, le contrôle, l’efficacité, l’utilité et l’apprenabilité. Chaque domaine comporte une série de 20 affirmations que les internautes doivent évaluer entre 0 et 5 points.

Conclusion

Il existe donc différentes méthodes afin d’analyser le comportement d’un internaute. Chacune d’entre elles apportent des informations essentielles et doivent donc être utilisées en complément les unes des autres.

Finalement, il ne faut pas perdre de vue que la conception d’un site web doit s’effectuer en prenant en considération les caractéristiques et les attentes des usagers.

Lien vers la présentation


Bibliographie :

[1] BASTIEN, J.M. Christian, DRUSCH, Gautier et DINET, Jérôme, 2010. Connaître le comportement des internautes : méthodes et outils. L. Calderan, B. Hidoine & J. Millet (Eds.), L’usager numérique, Séminaire INRIA (27 septembre – 1er octobre 2010 – Anglet).Paris : ADBS [1]

[2] CATLEDGE, Lara D. et PITKOW, James E., 1995. Characterizing browsing strategies in the World-Wide Web. Proceedings of the Third International World-Wide Web Conference : Technology, Tools and Applications. New-York : ACM, pp. 1076-1073. [2]

[3] WEINREICH, Harald, et al., 2006. Off the beaten tracks : exploring three aspects of Web navigation. Proceedings of the 15th International Conference on World Wide Web (Edinburgh, Scotland, May 23-26). New-York : ACM, pp. 133-142. [3]

[4] WEINREICH, Harald, et al., 2008. Not quite the average : an empirical study of Web use. ACM Transactions on the Web, vol. 2, n°1, pp. 1-26 [4]

[5] TAUSCHER, Linda et GREENBERG, Saul., 1997. How people revisit web pages : empirical findings and implications for the design of history systems. International Journal of Human-Computer Studies, vol. 47, pp. 97-137. [5]

[6] COCKBURN, Andy et MCKENZIE Bruce, 2001. What do web users do ? An empirical analysis of Web use. International Journal of Human-Computer Studies, vol. 54, pp. 903-922. [6]

[7] RUCH, Patrick, 2014. Méthodes pour la collecte de données [document Poweroint]. Support de cours : Cours «Méthodologie de recherche quantitative et qualitative», Haute école de gestion de Genève, filière Information documentaire, année académique 2014-2015. [7]