Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , ,

L’occasion de s’occuper de nouveau des humanités numériques dans ce blog vient de l’article de Chris Alen Sula, Digital Humanities and Libraries : A Conceptual Model, in « Journal of Library Administration », n. 53, 2013, p. 10-26, également disponible sur le site de l’auteur http://chrisalensula.org/digital-humanities-and-libraries-a-conceptual-model/#comment-2635. L’article de ce jeune professeur assistant à la School of Information & Library Science du Pratt Institute (New York) a été proposé comme lecture de référence concernant la BiblioInfoWebo-métrie dans le cadre du séminaire de recherche du prof. Stéphanie Pouchot pour notre master en Information documentaire.

Après toute l’effervescence de cet été au bord du Lac Léman, entre l’HEG de Genève et les pôles d’excellence lausannois à propos des Digital Humanities (DH 2014), c’est une bonne opportunité pour faire un point de situation au niveau théorique dans une large perspective de recherche et d’application aux pratiques documentaires, englobant les deux côtés de l’Atlantique.

Mais procédons avec ordre, d’abord le modèle conceptuel des DH en liaison avec les bibliothèques, proposé par Sula, et ensuite, la vague des humanités numériques en Suisse.

L’organisation du savoir

Le prérequis fondamental pour l’élaboration d’un modèle conceptuel est la définition des savoirs et des champs d’action concernés, au-delà de la simple constatation que le numérique est désormais impliqué dans tous les domaines. Bien qu’il y ait eu jusqu’à présent du retard des sciences humaines et sociales (SHS) par rapport aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) au niveau de la recherche académique, le numéro des publications scientifiques concernant les DH dans le milieu de la science de l’information entre 2005 et 2012 a doublé.

« Digital Medievalist » né en 2005, « Digital Humanities Quarterly », publié à partir de 2007 et « Journal of the Text Encoding Initiative », paru en 2011, donnent juste une petite idée de la variété des titres et donc de la complexité du domaine transdisciplinaire des DH.

L’identification des sujets typiques des DH grâce à des modèles génératifs probabilistes comme LDA (Latent Dirichlet allocation), l’analyse de mots-clés et la visualisation de ces données sont au cœur de la recherche de l’auteur qui mène à définir les champs d’intérêt commun entre les bibliothèques, lieux historiquement élus de la transmission de la connaissance, et les nouveaux défis posés aux savoirs des SHS par les NTIC.

Du cadre historique au modèle conceptuel…

Pour l’histoire des DH, des premières formes d’analyse textuelle aux réseaux sociaux, pour des raisons d’exhaustivité on préfère plutôt renvoyer à la présentation de Jean-Philippe Magué faite à l’HEG en occasion de la journée consacrée aux « Humanités numériques et information documentaire : un panorama ».

Néanmoins, parmi la vaste bibliographie fournie par Sula, trois points nous paraissent importants pour la définition d’un modèle conceptuel des DH et des bibliothèques :

  1. M. Zorich en A survey of digital humanities centers in the United States (2008) fait le point de la situation américaine de la perspective des structures, de leur financement, de leurs services et de leur production en matière de DH. Là où les humanités numériques sont nées à côté de la linguistique informatique et des cultural studies, et se sont plus développées, on constate que, encore en 2011, seulement le 8% des bibliothèques accueillent un centre dédié aux DH… et ce n’est pas uniquement une affaire de financement, mais plutôt l’absence d’une vision stratégique commune!
  2. Showers dans Does the library have a role to play in digital humanities ? (2012) pour synthétiser le problème identifie 5 zones de superposition entre DH-bibliothèques

    Managing data / « embedded » librarianship / digitalisation&curation /

    digital preservation / discovering&dissemination

 

  1. Les réflexions autour des cultural informatics (autrement dits archives & museum informatics), dévéloppées par J. Furner et P. F. Marty, visent à inviduer la façon dans laquelle les institutions culturelles (bibliothèques, archives et musées) créent, (ré)organisent les produits de l’information et travaillent avec les répresentations du contenu (métacontenu). Dans le graphique de Sula on souligne à ce propos le continuum qu’il y a entre la préservation et la divulgation du patrimoine des institutions mentionnées et les nouvelles technologies.

fig3

© Sula, 2013

… à la pratique

Pour cela Sula ne nous donne pas de recettes, hormis celle de poser l’utilisateur, avec ses besoins d’accès à l’information, au centre du système DH-bibliothèques.

L’article, approfondi du point de vue théorique et bibliographique, nous laisse plutôt le soin de trouver des exemples concrets de projets entre les centres de recherche en DH et les bibliothèques.

Concernant la Suisse, bien qu’il y ait du retard par rapport au cadre américain, plusieurs manifestations au niveau international ont contribué à développer une certaine sensibilité vers cette thématique.

… to be continued !

Sara Lonati

Lien vers la présentation : Lonati_DH_and_Libraries