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L’information-documentation est une activité dépendante de son environnement politique, économique et surtout technique. L’évolution, extrêmement rapide, des technologies bouscule, de plus en plus intensément, les pratiques traditionnelles. Ce phénomène a créé une atmosphère d’excitation qui favorise un discours de changement, toujours plus conséquent, promettant la fin du papier, la fin du livre, la fin des bibliothèques voir la fin de nos métiers.

Sans renier ce constat, Jean-Paul Metzger nous rappelle les fondamentaux précédents le numérique, dans le chapitre « L’information-documentation », tiré de la 2e édition de Science de l’information et de la communication : objets, savoirs, discipline. Son raisonnement évoque plutôt la favorisation de nouveaux services et la croissance de la demande et l’exigence qualitative.

En partant du savoir, notion qui reste abstraite, il définit les deux axes clés de l’information-documentation. Tout d’abord l’élément de base qui est l’accès à la connaissance, ensuite le fait que quel que soit l’évolution technique, le savoir passe par une représentation avant d’être sélectionné, enregistré (qu’importe le support) puis signalé pour être transmis.

Le savoir en soi, n’étant pas accessible dans l’absolu, doit être représenté pour être partagé. C’est à ce stade qu’intervient le document, qui n’est pas le savoir en tant que tel mais la capacité de représentation de quelque chose (un monde, une réalité, une technique, ou une culture). Sa description est ici plus large que notre conception habituelle, liée au texte et désigne toute ressource matérielle d’information (tel un objet de musée par exemple) et tout élément porteur d’une trace d’activité humaine ou conçus pour la représenter. Il peut ainsi permettre l’enseignement et l’instruction quelle que soit sa nature et sa forme. Ce procédé se faisant par intention (l’objet est conçu dès sa création pour transmettre) ou par attribution (pas conçu pour mais devient informatif car considéré comme support de connaissance). Précisons que le caractère instructif est conjoncturel et dépend des circonstances de la demande et des connaissances du récepteur. Un même ouvrage n’aura pas le même intérêt pour deux personnes différentes. Le besoin ou le désir de connaître sont, de plus, toujours liés au contexte entourant le demandeur.

Le document s’insère dans une collection, qui est structurée pour guider la recherche, l’interprétation ainsi que la curiosité. Elle se divise en trois fonctions. Tout d’abord la conservation qui sauve toute pièce de l’inaccessibilité et de la perdition. Ensuite, l’accès qui permet d’appréhender l’objet, physiquement et intellectuellement. Pour terminer, l’aide à l’identification favorisant la découverte et la compréhension de l’utilité d’un objet, ainsi que sa fonction et l’intérêt de sa position dans un ordre défini. Rien n’est jamais classé par hasard.

Ces concepts de base nous conduisent vers le système d’information en soi et ses trois composantes (public, service, dispositif). La première se décline en public citoyen et son besoin démocratique d’être informé, en public étudiant, que se trouve en situation d’apprentissage et de ce fait s’appuie sur la recherche documentaire, puis en public professionnel et son besoin d’information spécialisée toujours plus exigeant.

Ce public a accès au document grâce à un classement préalable et un service. Les usagers s’informent en consultant des bases de données ou en allant dans un service d’information documentaire. La partie professionnelle se situe essentiellement à ce stade au travers de la fourniture d’accès (le repérage des sources pertinentes et l’accès à celles-ci), et la fourniture documentaire en elle-même (soit le prêt physique, les copies, la consultation d’archives ou la fourniture numérique). Nous avons donc trois dimensions, classer les documents, indexer les contenus et organiser des systèmes d’accès.

Le dispositif nécessaire à ce service se construit à l’aide de professionnels, d’un système de classement et d’indexation, tout en dépendant de la conjoncture politique et économique qui l’entoure.

Il demeure l’essence même de la démarche. En effet qu’est-ce qui incite à vouloir s’informer. L’article définit quatre catégories de connaissance. Celle nécessaire à la vie, celle indispensable à une activité, une autre essentielle au progrès social et une dernière désirée par curiosité ou pour le plaisir. Quelle que soit la catégorie de départ, la naissance d’un questionnement nous dirige vers une recherche. Ce dernier point amenant la formulation de la recherche, l’identification et la localisation des documents s’y relatant et finalement sa sélection. Une fois de plus apparaît le travail des professionnels qui sont ce relais essentiel à travers l’ensemble des opérations de représentation, de traduction et de réduction (résumés, bibliographies, synthèses ou statistiques). A noter que public et service documentaire s’influencent mutuellement. D’ailleurs, ces dernières années la réflexion sur les publics a pris une importance majeure.

Nous constatons au travers des diverses réflexions de cet article que nos métiers se situent, au-delà des supports, au stade de la notion de document en soi. De ce point de vue si nous songeons au big-bang numérique (terme exponentiel et non réductible) c’est l’inverse de la fin des professions de l’information qui s’annonce. L’avènement de données massives va, au contraire, augmenter le travail. Nos professions liées à l’information-documentation vont évoluer mais en aucun cas disparaître. Tant qu’il y aura du savoir et des questions, il faudra une représentation structurée de ce savoir. La nécessité d’ordonner la documentation afin de trouver l’information utile au moment opportun est en fait plus que jamais d’actualité.

Philippe Cosandey

Le chemin de l'information

Le chemin de l’information

Sciences de l’information et de la communication : Objets, savoirs, discipline . Sous la dir. de Stéphane Olivesi – PUG, 2013

Pour la science, No 433, Novembre 2013 [Consulté le 20 novembre 2014]