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QUELS USAGES POUR QUELS USAGERS ?

Dans le cadre du séminaire  » Humanités numériques et information documentaire  » , qui s’est tenu le 5 juin 2014 à la Haute école de gestion de Genève, Monsieur Thomas Lebarbé, chargé de projet Humanités Numériques à l’Université Stendhal – Grenoble 3, a été chargé de présenter une réflexion sur les usages et les usagers des humanités digitales. Ses réflexions sont notamment tirées des expériences autour du projet des manuscrits de Stendhal. Ce post a pour but de rapporter les informations principales issues de sa contribution.

Bien que nous ne définirons pas le terme humanités digitales dans ce billet, il est important de se souvenir que ce concept regroupe plusieurs disciplines. En effet, les humanités numériques favorisent les interactions entre des personnes provenant des divers domaines des sciences humaines, des acteurs informatiques et des spécialistes en information documentaire. Ce partage et ces échanges peuvent se concrétiser sous différentes formes :

  • L’interopérabilité : il s’agit d’une collaboration entre les domaines ;
  • L’interfertilisation : les domaines se nourrissent l’un de l’autre ;
  • L’interdisciplinarité : cela permet de former une nouvelle discipline.

Cependant, si l’on peut se représenter de manière générale les types d’acteurs associés aux humanités digitales, il ne faut pas oublier que cette discipline compte également dans ses rangs une part de non-usagers. Cette catégorie réunit des personnes réticentes et pour lesquelles les humanités numériques n’est qu’un terme vide de sens, voire un oxymore, créé à des fins de marketing ou de communication.

 

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En accord avec la thématique de départ, la réflexion se poursuit sur les usages et les usagers des humanités digitales.

Les usages

Dans les humanités digitales, il faut considérer les trois “sphères numériques”, qui correspondent aux niveaux de la mise en pratique de la discipline :

  1. L’utilisation : il s’agit du recours aux outils de base, du type tableur, pour les appliquer sur un corpus de recherche. Cette pratique est considérée comme basique et ancienne  ;
  2. L’adaptation : il s’agit de sélectionner des outils existants, puis de les adapter à une problématique de recherche ;
  3. L’innovation : il s’agit d’élaborer de nouveaux outils.

L’application de ces trois strates permettrait d’ores et déjà de découper les types d’usagers du domaine. Toutefois, en considérant les humanités numériques comme un processus, cela permet de  visualiser directement et de façon plus précise la position des différentes sortes d’usagers autour du cheminement de l’objet de la recherche.

Les usagers

Un projet d’humanités numériques débute par l’étude d’un objet (im)matériel. À ce stade intervient le concepteur, qui est la personne qui produit les données ou les objets (im)matériels. Cela peut donc être n’importe qui : un auteur, un photographe, un étudiant qui collecte les données, etc

Puis, cet objet sera numérisé et éventuellement enrichi par le biais de métadonnées ou de la description des contenus. Cette étape réunit les producteurs. Cette catégorie est constituée de plusieurs usagers qui peuvent interagir entre eux :

  • Les détenteurs de savoirs (chercheurs plus ou moins subventionnés selon les pays, ce qui leur donne des attributs différents, allant de la plus-value intellectuelle (les chercheurs enrichissent la numérisation) à un statut de quasi ingénieurs de projets) ;
  • Les ingénieurs d’étude ou de recherche qui se consacrent à la fabrication des matériaux et à leur enrichissement ;
  • Les sous-traitants, qui s’attellent à vérifier si la reconnaissance OCR s’est effectuée correctement (souvent en masse et dans des pays où la main d’œuvre est particulièrement bon marché…) ;
  • Le grand public qui collabore sur des projets (crowdsourcing) généralement en grosse production.

La question reste de savoir comment cette numérisation est effectuée. Malheureusement, c’est souvent l’aspect quantitatif qui est mis en avant au détriment de l’enrichissement des données. L’absence de standards pour la numérisation des documents n’est pas de nature à améliorer la qualité de la “matérialisation numérique”.

Enfin, à la suite de la numérisation, l’objet passe du statut d’(im)matériel au support numérique. Cette dernière phase, la réception, regroupe plusieurs types d’usagers : ceux qui utilisent et ceux qui consultent. On a vu lors de la présentation que si la volonté existe de mettre à disposition des données à lire, à comprendre, à vulgariser, à conserver pour le grand public, il n’est pas forcément évident de connaître l’usage qui en est fait (« cabinets de curiosité », dimension pédagogique, dimension ludique,…) ni qui sont ces usagers (usagers primaires et dérivés, collectionneurs fous, etc.).

Dans tout le processus, il faut évidemment prendre en compte un autre acteur des humanités digitales qui, comme nous lors de cette journée, porte une observation réflexive sur les humanités numériques, leurs usages et leurs usagers… Ces réflexions contribuent à enrichir cette (trans)discipline.

Pour conclure

Nous vivons dans une société très numérique mais avec des usagers ayant des comportements numériques pas forcément très développés, ce qui leur empêche d’avoir une appréhension fine de l’objet. De même la consultation de cet objet numérique ne sera pas pleinement profitable si on met à disposition des outils trop complexes.

Il faut donc accorder un rôle important aux médiateurs, c’est-à-dire des personnes capables de lier les chercheurs et les informaticiens pour accompagner la transition numérique. Les spécialistes en information documentaire sont parmi ceux qui pourraient avoir ce rôle.

Quoi qu’il en soit, de façon générale, dans un projet en humanité numériques, il est très important d’identifier et de connaître les utilisateurs finaux et de faire en sorte qu’ils puissent interpréter les données à leur disposition correctement.

Olga Kameneva, Gregory Nobs et Roxane Pagnamenta