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The European Library (ou TEL) a été fondée en 2005 et comptait à cette date 9 bibliothèques. En 2012, on pouvait y recenser les 49 bibliothèques nationales des états membres du Conseil de l’Europe (à ne pas confondre avec l’Union européenne: la Bibliothèque nationale suisse en fait donc partie). À partir de la même année, des bibliothèques universitaires et de recherche ont rejoint le portail, dont celles de Berne, de Fribourg et de Zürich, pour ne mentionner que les partenaires helvétiques.

The European Library dans le portail Europeana

The European Library est également à l’originie de la création en 2008 de Europeana, un portail sur la culture financé par la Commission européenne et qui regroupe musées, archives, collections thématiques et audiovisuelles, agrégateurs régionaux et nationaux. Bien qu’indépendantes, les deux entités entretiennent des liens très étroits. La particularité du portail Europeana est qu’il inclut des objets réutilisables sous licence Creative Commons Zero (CC0), ce qui permet une appropriation des contenus, y compris à des fins commerciales, sans devoir demander d’autorisation préalable.

The European Library: une existence en mode projet

The European Library a été créée à la suite d’une série de projets portant sur la culture. Aujourd’hui encore, la conduite de projets est restée essentielle au développement et à la consolidation même des services de The European Library et de Europeana. De nouveaux enjeux ont vu le jour avec, par exemple, la récolte de données bibliographiques, d’objets numériques (enregistrements audio, images) et la mise en application de la recherche plein-texte sur les documents scannés grâce à la reconnaissance automatique de caractères (OCR). La fonction principale de The European Library est la mise à disposition sur le web de ces matériaux numériques provenant de divers pays.

Une collaboration à trois niveaux

Il y a actuellement beaucoup de discussions concernant la collaboration au niveau technique, légal et disciplinaire. En effet, plusieurs critères importants sont à prendre en compte :

–      La culture documentaire des divers pays, ainsi que la barrière de la langue peut poser problème. Les coordinateurs dépêchés par The European Library, comme Mme Valentine Charles, doivent donc être capables de comprendre le point de vue des partenaires pour se faire comprendre.

–      La question se pose de savoir comment faire face à tous les formats utilisés dans les bibliothèques partenaires, un standard a donc été mis en place pour The European Library, afin que tous les formats puissent y être transposés.

–      L’échange de données au niveau technique est actuellement un problème (ex. Marc21, UniMarc), et The European Library recherche une solution aux problématiques d’intégration des données.

–      Divers enjeux multilingues sont apparus, tels que les données brutes en langues originales. Le web sémantique doit être développé de manière à gérer les différences de langage pour des concepts identiques.

La collaboration au niveau européen est primordiale. Tout l’art est de  mettre en avant l’intérêt collectif tout en respectant les préoccupations nationales.

Les défis actuels de The European Library

Plusieurs défis sont d’actualité au sein de The European Library. On peut citer le projet Europeana Newspapers. Ce projet tente d’améliorer les systèmes de numérisation des journaux, ainsi que les fonctions de recherche (par date, image, auteur) sur les interfaces. Pour cela, il a fallu mettre les partenaires autour de la table pour discuter, analyser et définir le projet en tant que tel, et recruter des chercheurs pour effectuer des tests d’utilisabilité sur des prototypes, afin de le valider (leurs faits et gestes étaient enregistrés pour une meilleure compréhension). Pour éviter les échecs, le projet a été conduit étapes par étapes et les utilisateurs ont été impliqués le plus souvent possible. Pour les chercheurs en sciences humaines, chercher des documents originaux en bibliothèque est une habitude, une fois initié aux pratiques de recherche de documents numériques, il n’ont plus besoin d’effectuer de longs et coûteux déplacements dans les différentes bibliothèques partenaires.

Entretenir la collaboration

Il est important de définir au préalable des conditions de base afin de mieux réutiliser les données lors de leur distribution. En mai 2014 par exemple, un premier set de données a été lié grâce à un hackathon. De nouvelles pratiques de recherche commencent à émerger, dont la consultation de données culturelles. Créer un large corpus d’information est donc un enjeu de taille. Il existe plusieurs façons d’enrichir le texte, grâce par exemple au crowdsourcing.

Un des gros challenges est de toujours devoir prouver ce qu’on a fait, de montrer un retour sur investissement sans arrêt, et d’avancer les points positifs, nous confie Valentine Charles lors de sa conférence du jeudi 5 juin à la Haute École de Gestion.

Les collaborations entre bibliothèques professionnelles sont également encouragées, afin d’augmenter le trafic vers les institutions traditionnelles qui peuvent par exemple proposer des approches thématique des corpus. Ces collaborations permettent entre autre :

–      Une création de liens sémantiques entre entités d’une bibliothèque à une autre, d’où la connexion des données entre elles.

–      Le développement de nouvelles interfaces et de visualisation.

À nous de jouer !

Le corpus mis en commun par The European Library et Europeana est une mine d’or d’information à la disposition du public… mais ce dernier a-t-il les moyens de l’exploiter ? Les spécialistes en information documentaire ont un rôle à jouer pour permettre à tout un chacun une expérience optimale d’utilisation de ce corpus et de la richesse de son contenu. Ils doivent servir de relais local auprès de leurs usagers :

– en faisant connaître le corpus

– en formant les usagers à son utilisation

En outre, le fait que ce corpus soit disponible en Linked Open Data et sous licence CC0 donne la possibilité aux professionnels de l’information de :

– développer librement des applications permettant d’appréhender concrètement le corpus

– d’enrichir le corpus global avec leurs connaissances locales

Dans une période où elle est parfois remise en question, la fonction de spécialiste en information documentaire aurait une opportunité d’être renforcée grâce aux portails riches en information et diversifiés tels que The European Library et Europeana. On peut espérer que d’autres seront à venir avec un fonds toujours plus intéressant d’un point de vue multiculturel.

Marco Bucher
Christophe Morand
Léa Venet Nicolas