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La journée de séminaire sur les humanités numériques organisée par la filière information documentaire de la HEG a été marquée par les présentations de nombreux projets transdisciplinaires. Parmi eux figurait le projet Lumières.Lausanne de l’Université de Lausanne, présenté par Mme Béatrice Lovis doctorante en histoire et membre de l’équipe en charge du projet. Dirigé par Béla Kapossy, François Rosset et Danièle Tosato-Rigo, Lumières.Lausanne est une plateforme ouverte au public mettant à disposition de nombreuses transcriptions de littérature secondaire, fiches biographiques et autres sources provenant du pays de Vaud et datant de l’époque des Lumières. Rattaché au Centre des sciences historiques de la culture, Lumières.Lausanne a été développé dans le cadre d’un projet plus vaste, également appelé Lumières.Lausanne, qui organise des colloques et des conférences sur le pays de Vaud au XVIIIe siècle. Il aura fallu cinq années de travail à l’équipe du projet pour dévoiler le produit final qui s’apparente de prime abord à une base de données ordinaire, mais qui est en réalité un outil beaucoup plus versatile, puisqu’il est également utilisé pour l’enseignement académique. En effet, les transcriptions mises en ligne sont réalisées par les assistants et professeurs, mais également par les étudiants dans le cadre d’exercices et corrigés avant leur publication. La plateforme est également utilisée pour mettre en lumière certains textes et ainsi valoriser le fonds.

Lors de sa présentation, Mme Lovis a mis en avant tous les atouts de cette plateforme et toutes les richesses qu’elle a permis d’exploiter. Elle a cependant également mentionné les nombreuses difficultés rencontrées (des subventions venant au compte-goutte, plusieurs phases d’égarement ayant mené à des changements de direction etc.), ainsi que les limites de l’outil produit, dont elle a parfaitement conscience. En écoutant sa présentation, nous ne pensons pas nous tromper en disant qu’un bon nombre d’entre nous, étudiant(e)s master ID, avons adopté une attitude critique en apprenant comment s’était déroulé ce projet. A la fin de la présentation de Mme Lovis, la question «Si vous pouviez retourner en arrière, qu’auriez-vous fait différemment ?» a été posée. Mme Lovis a répondu qu’elle aurait engagé directement un informaticien pour ce projet.

Suite à cette présentation, nous avons réfléchi à ce qui aurait pu être fait pour éviter un bon nombre de difficultés rencontrées, et nous nous sommes rendues compte que ce projet aurait effectivement nécessité un informaticien attitré, mais également un spécialiste en information documentaire de niveau master. En effet, nous avons réalisé que de nombreuses compétences acquises pendant ces deux ans de formation se seraient révélées fort utiles dans le cadre de ce projet.

A commencer par les compétences de gestion de projet. En effet, ce qui nous a frappé pendant cette présentation, était que la méthode et les objectifs pour ce projet, ainsi que les rôles et les responsabilités de chacun, ne semblaient pas avoir été définis clairement au départ. Mme Lovis a expliqué que l’outil élaboré avait été utilisé à différentes fins avant de trouver son utilité finale et que la démarche adoptée avait été empirique. Si le projet avait été clairement défini cela aurait permis d’éviter ces phases d’errances et résulté en un gain de temps et donc d’argent pour ce projet. A partir de là, un budget et un planning détaillés auraient pu être élaborés et une recherche de fonds additionnels aurait pu être menée pour obtenir la totalité du montant nécessaire, ce qui aurait permis de diminuer la durée et le coût du projet de manière globale. Enfin, en menant une réflexion aboutie sur le projet, les questions de pérennisation, qui sont à nos yeux essentielles, auraient dû être abordées, des solutions auraient dû être élaborées et prises en compte dans le budget afin d’assurer le futur de la plateforme. Globalement, un spécialiste ID aurait pu conseiller l’équipe pour la gestion du projet avant, pendant et après, tout en apportant d’autres compétences.

Outre des compétences en gestion de projet, un spécialiste ID aurait bien entendu aussi apporté son expertise documentaire. Ces compétences documentaires auraient été très utiles pour plusieurs aspects du projet. Tout d’abord, le spécialiste ID aurait pu être de bon conseil pour déterminer le choix de la base de données en fonction de besoins clairement définis en collaboration avec les chercheurs. Une fois ce choix effectué, il aurait été la personne de référence pour déterminer les champs de métadonnées, les organiser de manière logique, pratique et ergonomique, et les paramétrer sur la base des nombreuses expériences déjà acquises dans le domaine par les archivistes et bibliothécaires de tous bords. Le spécialiste aurait entre autres pu prévoir les problèmes de doublons dans les métadonnées. Toutes les tâches de catalogage et d’indexation auraient entre autres pu être confiées à un spécialiste ID (en l’occurrence de niveau Bachelor), ce qui aurait permis aux chercheurs de se concentrer sur leur propre cœur de métier, à savoir la transcription et la recherche. Grâce à ses compétences documentaires, le spécialiste ID se serait enfin aussi posé dès le début la question de l’archivage et de la pérennisation à long terme de la base de données. De même, il aurait mené une réflexion quant à l’évolution des outils informatiques pour assurer l’utilisabilité sur la durée des données contenues dans la base.

De plus, les compétences documentaires de base sont complétées chez le titulaire d’un master ID par des compétences en architecture de l’information et en Web design. Grâce à cela, la plateforme aurait directement pu être pensée et optimisée pour l’usager et avec l’usager. Ses connaissances auraient aussi pu faciliter et accélérer les collaborations avec l’informaticien et le webdesigner grâce à une conscience accrue des besoins. Il va sans dire que cela aurait probablement permis de gagner du temps et de l’argent. Après chaque étape, des tests utilisateurs auraient été prévus afin de s’assurer de la qualité du résultat et de son optimisation. Ainsi, les questions d’usabilité et d’interface auraient pu être pensées dès le début du projet, et tout au long de sa création. Cela aurait permis d’éviter une réorganisation extrêmement coûteuse de la plateforme.

Enfin, le titulaire d’un master en information documentaire a une conscience accrue des questions de marketing et de communication digitale. Un certain degré de compétences dans ces domaines aurait permis une meilleure mise en valeur de la base de données sur internet (notamment via une optimisation de celle-ci pour les outils de recherches) et éventuellement sur les réseaux sociaux. Une telle mise en valeur aurait permis de valoriser le projet auprès du public cible et de le légitimer aux yeux des décideurs et des politiques.

Il ressort de cette réflexion que, si un certain nombre de tâches avaient été confiées à un professionnel ID, la chercheuse responsable du projet aurait pu se consacrer presque entièrement à son cœur de métier, soit les transcriptions, les corrections et la recherche. De ce fait, la base de données serait à ce jour déjà beaucoup plus riche qu’elle ne l’est. De plus, il semble qu’une réflexion au niveau de la gestion de projet aurait apporté une gestion beaucoup plus efficace et efficiente des ressources. Une vision du projet à long terme aurait aussi permis de prévoir des ressources en vue de l’entretien et de la pérennisation de la base de données.

Cette réflexion autour du projet Lumières.Lausanne nous a permis de faire un tour d’horizon de toutes les précieuses compétences que nous avons acquises lors de notre master en information documentaire. A nous maintenant de communiquer à leur sujet et de les mettre en valeur pour qu’elles soient reconnues à leur juste valeur dans les milieux professionnels !

Hoang-Mai Diep et Angélique Joye